Price / Steve Tesich

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«  C’était bientôt la fin du lycée, et nous ne savions pas quoi faire de nos vies sinon nous cramponner les uns aux autres. Et si nous nous serrions les coudes, à vrai dire, c’était autant pour pour nous soutenir mutuellement que pour ne laisser à aucun d’entre nous une chance de prendre son envol. ».

Été 1961, Daniel Boone Price termine tranquillement ses études au lycée municipal d’East Chicago. Coincé entre les raffineries de pétrole et un avenir plus que déprimant dans ce coin reculé de l’Indiana, Price va passer des vacances pour le moins mouvementées. Peu de personnes ont la chance de pouvoir dater aussi précisément la période de leur vie durant laquelle ils quittent le monde de l’adolescence pour devenir adulte. Pour Daniel Price ça sera l’été 1961. Alors qu’il ne connait rien des choses de l’amour, il va se retrouver propulser à grande vitesse vers un apprentissage tout ce qu’il y a de plus réel. Sous les traits de Rachel, énigmatique jeune fille débarquée il y a peu en ville avec son père, se matérialise le premier amour de Price. De celui qui vous fait perdre le sens des réalités, qui vous entraine dans des introspections sans fin, qui vous pousse à tout analyser pour vous raconter des histoires et vous rassurer et qui balaye tout le reste sur son passage.

« Mon passé, semblait-il s’était évaporé. Je m’efforçais de survivre au présent. Tout ce que j’avais, c’était un avenir aux mains d0une fille que j’aimais mais que je ne connaissais pas. Ma vie et mon identité m’avaient échappé. J’avais besoin de Rachel pour exister. Le fleuve Rachel m’emportait, j’avais l’impression d’être un étranger dans une ville où j’avais passé toute ma vie. Pire, je n’opposais aucune résistance à être ainsi balayé par les flots. Ce qui me tourmentait, c’était l’incertitude, l’intermittence, le caractère capricieux du courant ; c’était de devoir me plier à son bon vouloir. ».

Ainsi emporté sur les rapides de l’amour, Price devra également se confronter à la lente agonie de son père qui meurt à petits feus d’un cancer. Il en conçoit une trahison de la part de son paternel, comme s’il voulait à tout prix l’empêcher de vivre son histoire récente avec Rachel. Histoire qui le poussera toujours un peu plus loin aux bords des précipices de la folie. Rien n’est simple en cet été à East Chicago.

« Rachel et moi étions deux amants condamnés par nos pères à un destin tragique. Cette tragédie me semblait si réelle et sa musique si audible que j’entendais presque les mots du poème qu’elle accompagnait, rythmés par le staccato des roues sur les rails : Ra…chel, Ra…chel, Ra…chel. ».

Roman d’apprentissage à la puissance lyrique folle, Price est aussi un ouvrage sur les méandres du sentiment amoureux lorsqu’il est trop puissant. Pour Daniel, le salut ne passera pas par l’accomplissement de son histoire mais bien par des souffrances amères et des désillusions en pagaille. Et si rien n’est simple, que la liberté et l’avenir ne semble jamais aussi loin lorsque l’on se trouve au fond du précipice dans lequel les relations amoureuses peuvent nous plonger, en sortir reste une expérience unique et formatrice qui crée des vocations. Price trouvera la force de se remettre des épreuves qu’il a traversées en cet été 1961 par l’écriture. Steve Tesich nous livre donc également le récit de la naissance d’une vocation.

Mise en page 1Steve Tesich
Price
Monsieur Toussaint Louverture, 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 comments

    • Pablo Thuler
      Author

      Non malheureusement je n’ai pas encore lu Karoo (que j’ai quand même réussi à acheter trois fois…). C’est au programme de mes prochaines lectures et donc des prochaines chroniques. Merci pour votre avis et au plaisir.

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