Vilaines filles / Megan Abbott

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Megan Abbott rend hommage aux corps de vilaines filles dans un roman sombre et délicieusement pervers.

«Toute la journée, nous marchons comme si nous étions à l’intérieur d’un champ de bataille, au milieu de nous-même, dans notre vaste tourbillon de gaité coloré. Ce n’est pas de la réserve, de la supériorité. C’est une protection. Qui sur le champ de bataille ravagé, n’a pas envie de rassembler ses camarades autour de soi?».

Les masques de l’adolescence peuvent prendre différentes formes. Pour Beth et Addy, ils seront constitués de paillettes, de crème auto-bronzante, de tatouages éphémères et de queues de cheval tirées. Peintures de guère des Cheerleaders ces artefacts cachent des jeunes filles pétries de rêves, de sentiments complexes et d’ambitions. Mais aussi une nature plus sombre de garces mesquine et de manipulatrices en herbe.

Addy et Beth sont les leaders de leur équipe, deux sœurs de sang qui se connaissent depuis leur prime jeunesse et que rien ne peut séparer. Elle règnent sur les leurs, se répartissent les rôles; Beth est capitaine, Addy sera sa seconde, soutien indéfectible de toute les manigances imaginées par son amie pour asseoir leur position.

Mais cette dynamique infernale sera mise à mal par l’arrivée de la nouvelle coach de l’équipe. Intransigeante et ambitieuse, l’entraineur aura vite fait de remettre à plat les rapports de force en place dans son équipe et de placer sous son charme magnétique l’ensemble du groupe. L’ensemble sauf Beth qui ne supporte pas l’influence de la coach. Elle va dès lors tout faire pour reprendre le leadership auprès des filles mais la situation lui échappera bientôt. Prise au piège de sa propre machination, Beth forcera un drame dont personne ne sortira indemne et qui poussera Addy à enquêter pour tenter de comprendre au milieu de quoi sa coach et son amie l’ont propulsée. Prise entre deux loyautés mais aussi entre deux esprits pervers, Addy va faire l’expérience de la manipulation, des mensonges et des trahisons qui la pousseront à confesser; «Je voulais faire partie de votre monde, mais j’ignorais que c’était ça votre monde.».

Au fil des pages, Megan Abbott construit par touches successives un ensemble de détails et d’instantané d’une grande cohérence. La précision de son écriture nous entraine sur les traces des vilaines filles qui peuplent notre monde. Sa capacité à décrire l’ambivalence des rapports au corps, sources de plaisir, de douleurs et de stature sociale est portée par un narration elliptique et hypnotique qui entraine le lecteur dans des méandres de noirceurs. «Toute ta vie tu attends qu’il se passe quelque chose […]. Et soudain, toutes les terreurs de la terre surgissent en même temps. C’est ça que tu ressens, Addy?».

couvMegan Abbott
Vilanines filles
JC Lattès, 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

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