Dans la queue le venin / Claro

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« Pomponette Inconodoule a déjà tâté du Turc. Et si l’on ne craignait pas de forcer sur la pédale adverbiale, on ajouterait : intensément et fiévreusement. Le Turc en question s’appelait, dixit ce dernier, Soliman – mais elle n’arrive pas à croire que ce soit là l’exacte vérité, un peu comme un Texan douterait, quoique Texan, d’avoir levé une authentique Marie-France au pied de l’Hôtel du Nord. ».

Pomponette Inconodoule s’envole pour Istanbul avec comme seule obsession de retrouver Soliman Rastaquouère, amant magnifique d’un temps trop court à son goût. Car au goût de Pomponette, la luxure devrait être érigée en divine obligation et infinies parenthèses. Elle est une fille qui aime le sexe et qui le lui rend bien. Arrivée en Turquie, Pomponette, comprend rapidement que mettre la main sur son compagnon ne sera pas chose aisée tant elle manque d’information et tant ce dernier vit en réalité en banlieue parisienne. Peu importe, elle arpentera la ville au fil de ses envies, se laissant griser par les saveurs stambouliotes et les délicieux souvenirs des quelques temps passé avec son aman ottoman.

« Soliman ne pensait désormais plus qu’à Pomponette, ne se rongeait les ongles que pour elle. Elle hantait ses rêves telle une plante avide qui envahit le terreau jusqu’à ce que le pot se fêle, et le pot c’était la tête, le corps, l’âme du pauvre Soliman ! Il lui fallait la revoir, la ravoir, la re-ramoner, et si possible éviter de la décevoir. ».

Pour sa part, loin des parfums de l’orient et des velléités de l’Inconodoule, Soliman se morfond dans Paris, tergiverse à s’envoler pour Istanbul à son tour et finalement ne peut, pour sa part s’abandonner au doux parfum des souvenirs des quelques jours passés avec Pomponette. Alors même si l’errance turque de la jeune fille est vouée à l’échec, elle semble bien plus prometteuse et riche que l’inaction du jeune homme, différence fondamentale entre une hédoniste mélancolique et grivoise et un jeune homme morne et nostalgique.

« La première fois que Pomponette a entendu la voix de Soliman, elle a pensé : il faut que je fornique avec cette voix, pas seulement avec la brute magnifique qui la fabrique comme si de rien n’était. Mais baiser une voix n’est pas aussi facile que baiser une bouche ou un creux de peau. Avec quoi baise-t-on une voix ? […] Pomponette se dit qu’elle improvisera. Elle trouvera. Quand surviendra la voix, elle saura. Elle lui écartera doucement les labiales et s’attardera sadiquement sur ces gutturales. Elle fera mouiller tous les petits silences interstitiels jusqu’à ce que s’épanouisse en orchidée l’idée même de vois, puis elle sucera le jus acide des mots qui rouleront, pépins sur ses seins : un compliment. ».

Claro, lui, ne s’emmêle pas les crayons pour savoir comment on baise une voix, il écrit. Et il écrit avec une telle espièglerie et une intense avidité qu’il transforme la langue en un terrain de jeu aussi vaste que le domaine des possibles dans un lit. Ce conte pittoresque et fraichement épicé est un ravissement pour les sens et pour l’esprit.

Notice dans la queue-01

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