Berlinoise / Wilfried N’Sondé

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« Pascal, hier encore sage employé de la succursale d’une banque agricole dans un coin perdu d’Île-de-France, et moi, ex-fonctionnaire consciencieux de l’éducation nationale française, noté moyennement, sans exigences particulières, bercé de temps à autre de nostalgie quand j’évoquais des projets irréalistes très vite autoréprimés et relégués au rang des chimères et des illusions. Je m’étais propulsé au cœur d’un magma créatif, l’horizon saturé de perspectives plus folles les unes que les autres. Je voyageais sans boussole dans l’épicentre de l’explosion des songes au cœur de la ville en mouvement. ».

Décembre 1989, Stan et Pascal se rende à Berlin pour réveillonner sur les gravats du mur en cours d’abatage. Plongés dans les affres d’une liberté nouvelle et d’une atmosphère unique, Stan, lors de cette première soirée berlinoise, rencontre Maya. Sous les coups de marteau se dissimule un coup de foudre qui entraine les deux jeunes gens dans une relation passionnée et fusionnelle. Incapable d’envisager un retour en France, Stan décide de s’établir dans la ville réunifiée et Pascal, fasciné par le vent de folie qui s’empare de la cité l’accompagne dans cette nouvelle vie. Entre la passion de Stan et Maya, le visage nouveau de la cité et la vie alternative qui s’y développe, les deux parisiens se retrouvent bien loin de leur terne quotidien de banlieue et s’abandonnent avec passion aux mouvements en marche alors, allant jusqu’à monter un groupe de musique avec la colocataire de Maya.

« L’univers s’était réduit à nous seuls, fondus l’un dans l’autre, son corps était devenu ma propriété. Maya avait pris possession du mien, son cœur battait la chamade dans ma poitrine, ses peines se confondaient avec celles que j’éprouvais. Des milliards d’êtres humains, des endroits différents, des paysages, des films, des musiques, des guerres, des pièces de théâtre, la politique, la faim dans le monde, le sport, l’université, les prisons l’histoire, la famille … Rien ! Pour nous il n’existait alors plus rien au-delà d’elle et moi. ».

Maya, anciennement est-allemande, nouvellement allemande d’origine cubaine de par son père jouit sa commune mesure de cette nouvelle vie qui s’offre à elle, loin des rigueurs et de la paranoïa imposés par le régime communiste. Libérée, elle découvre les joies de la contestation, de l’engagement politique, de la sensualité et de l’amour. Mais bien vite, le nouvel élan libertaire du pays se retrouve confronté à la triste réalité du racisme ambiant, de la xénophobie et de l’intolérance. Particulièrement sensible à cette nouvelle donne, Maya perd peu à peu de son entrain, se renferme dans un mutisme parfois inquiétant et ne parvient plus à s’exprimer par sa peinture. La belle et fugueuse jeune fille dépérit à mesure que le pays entame sa mue vers un avenir pour le moins lourd et incertain.

« Clémentine, Pascal et moi sommes en train de casser la baraque, un bras d’honneur aux fous dangereux d’extrême droite et à leur brunes nostalgies de destruction. Le mur de Berlin est tombé pour libérer les âmes et les corps, pour vénérer les différences, nous accrocher aux rêves de jours meilleurs, nourris de la folie de croire aux destins les plus fous. ».

Chronique d’une passion en mouvement fracassée sur les rivages de l’histoire en marche, Berlinoise est un hymne à la sensualité, à l’amour et à l’altérité. Derrière la relation de Maya et Stan se dessine le destin d’une nation et d’une ville qui doit aussi bien composer avec son histoire que s’inventer un futur. A la manière d’un couple nouvellement formé un soir de réveillon.

page_1Wilfried N’Sondé
Berlinoise
Actes Sud, 2015

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