Au bord du monde / Brian Hart

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« La construction d’une route s’achève quand s’achève la route, un voyage sur l’océan s’achève au rivage. L’automne s’effondre dans l’hiver. La fabrication d’une brute s’achève par un meurtre. la ruine d’une vie; j’attends. Ailleurs n’existe pas et pourtant j’avais erré. Et c’est ce que j’avais fait, principalement. ».

Les errances de Jacob Ellstrom s’achèvent dans la misère de sa vie. Médecin autoproclamé, usurpateur de titre, alcoolique notoire, mauvais père et mari violent, son existence au Port, raconte la rudesse des confins du monde sur les bords de l’océan pacifique au crépuscule du XIXe siècle. Embarqué dans une succession de mauvais choix par son frère, Jacob ruine petit à petit sa famille, jusqu’à commettre l’irréparable lorsqu’il frappe sa femme et que celle-ci succombe sous ses coups. Obligé de se terrer dans les forêts avoisinantes, il abandonne son fils, Duncan, à l’influence de sa famille et de la haine qui règne dans leur foyer. Commence alors la fabrication d’une brute.

« Comprendre les membres de sa famille est certainement l’un des actes les plus compliqués qu’un humain ait à accomplir. Et c’est parce qu’on les connaît que c’est si compliqué. Parce qu’on croit les choses bonnes. ».

Tiraillé entre l’éducation aimante de sa mère, la mauvaise influence de son oncle et des voyous qui règnent sur le Port et la lâcheté de son père, Duncan ne va pas avoir une vie simple. Confronté à un amour impossible avec la fille du plus important entrepreneur de la région, il vivra sa passion de manière aussi entière que son père vit la boisson. Mais les choix qu’il fera suite à sa rupture avec Teresa le conduiront sur les chemins de la fuite et de la survie. Car il ne s’agit pas d’autre chose que de survivre dans ces terres hostiles, surpeuplées d’arbres, de rivières et gorgées de boue. De survie et de connaître sa famille. Car les mésaventures de Duncan le pousseront à chercher la vérité sur sa famille et à renouer avec ce père honni.

« Quelque part au milieu de mes pensées embrouillées est apparue l’idée que la vie n’est pas une chose, on ne peut pas la posséder, seulement la garder à l’intérieur de nous. C’est plutôt une saison, et trop courte, parce que lorsqu’elle s’achève tout change, tout semble différent, tout sent différent, on est ailleurs et on ne peut pas retourner là où on aurait envie d’être. On se réveille un matin et c’est l’hiver. On se réveille un matin et quelqu’un est mort et ça pourrait être nous. ».

Récit d’apprentissage autant que roman historique, Au bord du monde est une apnée dans le rude univers des pionniers qui ont conquis de haute lutte les terres les plus indomptables du continent. Chorale narrative forte, portée par une écriture âpre et envoutante, l’histoire de la famille Ellstrom nous renvoie à nos propres démons et nous plonge les tourments de ses personnages.

CouvBrian Hart
Au bord du monde
Seuil, 2015

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