Après le déluge / Joy Castro

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« En 2005, quand l’ouragan Katrina a provoqué des coupures d’électricité et que le maire, Ray Nagin, a ordonné l’évacuation de la ville, plus de mille trois cents délinquants sexuels fichés en ont profité pour disparaitre des écrans radars. Aujourd’hui, trois ans plus tard, huit cents sont toujours introuvables. Or, tout le monde sait que les natifs de La Nouvelle-Orléans n’aiment pas rester éloignés de chez eux. Ca fait potentiellement beaucoup de pervers dans nos rues. ».

Nola Cespedes, jeune et talentueuse journaliste à la rubrique loisir du Times-Picayune, se voit confier la rédaction d’un article sur les criminels sexuels de la Nouvelle-Orléans et la façon dont la loi Megan, qui prévoir un fichage complet et public de ces condamnés, influe sur leur existence. Ravie de pouvoir enfin traiter un sujet plus sérieux que l’inauguration d’une boite de nuit ou visite guidée d’une plantation, Nola se lance à corps perdu dans cette enquête. Mais entre une vie personnelle pour le moins débridée, une mère qui a régulièrement besoin de son aide et le mariage de l’une de ses amies, la tâche ne va pas être de tout repos. D’autant plus qu’une jeune touriste en visite a été enlevée en plein jour dans le centre ville et que tout laisse à penser qu’un prédateur sexuel rode en ville.

« Nous autres journalistes, tout comme les scribes et les historiens, nous nous efforçons de rendre compte des événements au moyen du véhicule imparfait qu’est le langage, nous bataillons pour saisir une réalité changeante, aussi glissante que de l’argile tournant entre nos mais. Nous essayons de créer une forme utile à partir de la boue en mouvement. ».

Au fil de son enquête, Nola remonte également le cours de sa vie. Née d’une mère cubaine et d’un père inconnu, elle a grandit dans les quartiers craignos de Big Easy avant de quitter la cité grâce à son penchant pour les études. Elle reste toutefois marquée par cette expérience et tente d’évoluer de façon masquée dans son nouveau cercle de connaissances bien pimbêche par moment. Peu pressée de se maquer à un homme elle cumule les aventures d’un soir rapide aux bords des terrains de foot. Personnage complexe, qui oscille entre la gossip de bas étage et la survivante des cité malfamées qui ne croit qu’en sa propre justice, Nola est un beau portrait d’une jeune femme brillante et déterminée.

« Après Katrina, les équipes de recherche ont peint des croix à la bombe sur toutes les maisons inondées de La Nouvelle-Orléans. Ils ont également indiqué la date à laquelle elles avaient été fouillées et le nombre de corps découverts à l’intérieur. Depuis, bon nombre de ces habitations ont eu droit à une nouvelle couche de peinture qui a effacé les signes. Néanmoins, quelques propriétaires ont choisi de laisser en évidence les X et les chiffres, afin que tout le monde puisse les voir : c’est un souvenir, une façon de rendre hommage à ce qui a survécu. ».

Mais Après le déluge est surtout le portrait d’une ville marquée à jamais par les flots. La Nouvelle-Orléans est magnifiquement décrite sous la plume de Joy Castro qui fait vivre la diversité et le métissage de la ville avec une réelle passion pour cette cité construite sur un sol instable. Si parfois certaines descriptions sonnent un peu trop comme des commentaires de guides touristiques, la puissance d’évocation des senteurs et des odeurs reste un agréable moment dans une cité en perpétuelle quête de légèreté. Le tout saupoudré d’une enquête intelligemment construite et désarçonnante.

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Joy Castro
Gallimard, 2014

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