Capharnaüm / Lewis Trondheim

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« Capharnaüm n’était pas une ville spécialement en désordre. Il y avait quelques démoniaques que Jésus a guéris, mais de là à ce que ce nom propre devienne un nom commun, il y a exagération. Babel, Sodome, Yeusta ou le temple de Jerusalem méritait plus ce sort de devenir bazardeux. »

St Stephenbourg n’est une ville pas si bordélique que ça non plus. Pour preuve elle jouit même d’une librairie bien rangée et organisée. Mais ses habitants sont eux sources de désordres. Que se soit parce que les forces de l’ordre sont incapables de rivaliser avec Willard Watte et sa bande de justiciers mercenaires ou parce que les clients de la libraire ignorent qu’on y vend pas de stylos, le sentiment de pagaille géante n’est que de leur fait. En quand Martin Mollin, sans doute le plus banal des habitants de la cité se retrouve mêlé à un imbroglio criminel pour avoir vu le visage de l’ennemi public numéro un, la confusion devient la règle.

« Vous savez qu’un redoutable mercenaire répondant au nom de Gashinga vous cherche parce que vous avez malencontreusement soulevé son masque? Vous savez aussi qu’il a piégé votre appartement avec cinq bombe à fragmentation? Vous savez que nous avons dû mettre votre mère et votre père à l’abri pour qu’il ne s’en serve pas pour vous appâter? Et vous savez que je vous soupçonne d’être de mèche avec lui afin d’infiltrer notre organisation? ».

Car Martin Mollin n’est qu’un jeune homme qui rend visite à ses parents tous les matins et qui travaille occasionnellement à la librairie de St Stephenbourg. Fan de bande dessinée et plus précisément celles qui narrent les exploits de Willard Watte et sa bande, il se retrouve, suite à sa confrontation avec Gashinga à intégrer le processus de l’enquête et se rêve désormais en héros des prochains récit graphique du justicier. Une mise en abîme qui en cache bien d’autre et que Lewis Trondheim se plait à distiller tout au long du récit.

Car Capharnaüm n’est pas un récit comme les autres mais bien une réelle improvisation. Dans son avant-propos, Lewis Trondheim explique deux choses essentielles pour appréhender cette oeuvre. Premièrement, cette bande dessinée à été réalisée sans crayonné, ce qui lui confère un trait brut et extrêmement vivant pour se raconter. Deuxièmement, elle devait à priori comprendre 5000 pages, un sacré pavé, mais d’autres projets on conduit Trondheim à interrompre son travail. Toujours est-il que cette ambition démesurée en terme de pagination révèle que le système mis en place par l’auteur, à savoir un enchevêtrement de récits qui se déploient selon sa créativité mais s’inscrivent tous dans le même univers, lui permettait de tenir son récit sur une longue durée. De plus, il y a derrière ce système, aussi roder soit-il, une réelle jubilation qui tient du jeu de l’enfance durant lequel on se raconte des histoires à l’infini, sans se soucier du « est-ce possible dans la vraie vie » ni de la vraisemblance de son contenu mais bien et uniquement de son propre plaisir. Et l’on sent à la lecture de Capharnaüm, que Lewis Trondheim a pris un immense plaisir à rédiger et dessiner ses carnets.

CapharnaumLewis Trondheim
Capharnaüm
L’association, 2015

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