Merci Monsieur Menu

Charlie

« En tant que slogan, Je suis Charlie n’a aucun sens. Mais je suis Charlie a fait sortir 4 millions de personnes dans la rue. Des gens qui en majorité ne connaissaient pas Charlie-Hebdo. Mais qui n’ont pas accepté que l’on puisse être buté pour des idées et des dessins. Le monde entier a trouvé que ça ne se faisait pas. Lapider une femme parce qu’elle a été violée ça ne se fait pas non plus. Y a tellement de choses qui ne sont pas censée se faire. C’est Charlie-Hebdo qui dit des choses comme ça. Qui ose le dire et en rire. ».

Jeudi 29 janvier, le festival d’Angoulême remettait les lauriers et autres récompenses au petit monde de la bande dessinée. Le contexte était sans doute délicat près de trois semaines après la tuerie qui a choqué la France et a vu quelques uns des plus importants dessinateurs du pays se faire sauvagement exécutés pour avoir défendu leurs valeurs et leurs droits à la satyre. Alors ni une ni deux, le comité d’organisation du festival s’est décidé à faire un geste et à remettre un grand prix d’honneur à l’hebdomadaire et à ses dessinateurs morts, crayons à la main. Pour recevoir cette distinction, le journal avait mandaté Jean-Christophe Menu et le moins que l’on puisse dire et que son discours à créer un sacré bordel dans les médias et dans le milieu politique. La raison ? Une insulte en bonne et dur forme lancée à la gueule du maire d’Angoulême, sorte de réminiscence d’Artaud et de sa missive au législateur de la loi sur les stupéfiants. Il faut avouer que l’élu l’avait quand même bien cherché avec son idée de génie de clôturer les bancs de sa cité pour en exclure les SDF. Mais alors que l’insulte a été grandement relayée, le fond du discours à été pour sa part peu traité.

« Je suis Charlie. Ah ouais. Qui est vraiment Charlie ? Etre ou ne pas être Charlie, là est la question. Enfin, est-ce une vraie question ? En fait non, on s’en branle. Plus exactement, être Charlie c’est en avoir rien à branler». Je suis Charlie ce n’est pas faire sonner les cloches de Notre-Dame pour des anticléricaux. Je suis Charlie ce n’est pas transformer en héros nationaux des satiristes dont l’activité principale était de chier sur le pouvoir et sur toute forme d’oppression. ».

Que dit Menu dans son texte ? Il recentre le débat et rappelle quelques vérités à propos de Charlie Hebdo. Que se n’est pas un journal consensuel qui traite de l’information mais bien un journal d’opinion qui défend une certaine idée de l’humanité et de la libre pensée. Il renvoie également les sympathisants du mouvement qui est né dans la foulée du massacre à leurs responsabilités politiques et les enjoints à ne pas rester quelques pas dans un grand cortège mais bien à poursuivre les combats que menait le journal et à se positionner sur des enjeux politiques forts. Et par là même il rend un vibrant hommage à ses amis et prédécesseurs, disparus tragiquement ce jour, en rappelant l’engagement et la détermination qui les animaient.

Merci Monsieur Menu.

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