Dead Stars / Bruce Wagner

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« La liste comprend des célébrités qu’on imagine probablement disparaitre en 2012. Les candidats doivent être réellement célèbres et leur mort est susceptible d’être rapportée dans les médias, mais les candidats ne peuvent pas être célèbres uniquement du fait de leur mort imminente. La DeathList de 2011 fut une grande déception, affichant son score le plus faible depuis plus d’une décennie, mais, avec la performance de la seconde moitié de de l’année, les indices tendent à prouver que la saison sèche est derrière nous. »

Dead Stars est le récit d’une course à la célébrité à tous prix et sans aucun sens moral. L’histoire suit celle de Thelma, jeune fille de treize ans, plus jeune survivante du monde d’un cancer du sein. Elle fera de sa maladie un sujet d’actualité, pas pour sensibiliser les foules à cette problématique même si l’intention y est, non, mais bien pour décrocher un rôle dans la série Glee. Le récit nous amène également à suivre Reeyonna, jeune nymphette photographiée dès son plus jeune âge par sa mère dans les positions les plus suggestives possible. Reeyonna a déjà goûté à la joie des spotlights et des podiums mais elle rêve surtout  de ressembler à Rihanna pour pouvoir participer aux fêtes orgiaques auxquelles les stars s’adonnent.

Dead Stars nous entraine également à la suite de Jerzy, le frère de Reeyonna, qui traque les célébrités pour le compte d’un site internet et qui capture sur pellicule leur intimité et leurs secrets les plus inavouables. Jerzy espère amener l’art des paparazzi à son sommet et lui faire atteindre une dimension artistique pure qui lui ouvrira les portes d’entrée des musées. Enfin, l’existence de Rikki, fasciné par le porno qu’il trouve en masse sur le net, est narrée. Petit ami de Reeyonna, Rikki est aussi le père du bébé à naitre que la jeune fille porte en elle.

Dans le Los Angeles des années 2010, la morale et le bon sens ne valent plus rien. Cette génération de jeunes gens, cyniques à souhait, obsédés par le pognon et l’idée de se faire un nom, un de ceux que les médias rapporterait à leur mort, n’a comme seul objectif une vie facile et sans prise de tête. Mais la réalité les rattrape plus souvent qu’à leur tours et les poussent toujours un peu plus loin dans le monde virtuel de la toile. Ils font de tout ce qui arrive dans leur vie un pretexte à la « stratification ». Grossesse, maladie, sexe ou drogue sont monnaie courante dans cet univers où les seuls repères sont dans les tabloïdes. Et les adultes ne sont pas en reste non plus, eux qui observent tranquillement la scène se jouer sans se soucier d’avantage de l’avenir de leur progéniture ou seulement si elle peut leur amener quelques minutes de gloire.

« Personne ne peut avoir ses parents comme managers. Bon peut-être quand tu es très jeune, mais après ça merde. Ils aiment bien la jouer comme si leurs parents essayaient de les contrôler totalement ou de leur voler leur argent. Ils finissent pas les trainer en justice. ».

Bruce Wagner tisse à travers ces personnages et les autres, un roman générationel jubilatoire et magnifiquement bien écrit. Il tord la langue pour lui faire prendre le même souffle que celle des jeunes gens qu’il met en scène et lui restitue un authentique élan littéraire qui broie la machine à rêve d’Hollywood entre ses lignes et nous restitue la face sombre et crade de cette gigantesque imposture qu’est le monde du spectacle.

CouvBruce Wagner
Dead Stars
Sonatine, 2014

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