Alaska / Melinda Moustakis

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« Quel est le son d’une rivière? Berges qui se dissolvent? Galets qui disparaissent? La Kenai est une nuance de poussière sous les jupes de l’île, les marées de la rivière se retirent, emportent les branches, les bâtons et la boue qui tournoient dans les tourbillons. Des entrelacs de chair bosselée et décomposée flottent en délicates gouttes visqueuses. ».

Un mannequin constellé d’hameçons qui orne l’entrée de l’hôpital, un avion qui s’écrase à quelques pas de la cabane d’une famille nombreuse, des parties de pêche mémorables ou encore d’interminables recherches pour mettre la main sur un frère ivre jamais rentré chez lui. Alaska est un recueil de chroniques qui entraine le lecteur dans ces terres de l’extrême où la nature bombe ses muscles au quotidien, où les rivières sont aussi bien une source de vie que de drames et où l’hiver reste une lute permanente. Si l’environnement joue un rôle si important sur le quotidien des habitants, il influe également sur leurs réflexes et leurs caractères. Aussi généreux que les rivières gorgées de saumons et aussi âpres que la rigueur des grands froids.

« La vérité, c’est qu’il y a des grizzlys, il y a des poings, des bouteilles et des ceintures. Il y a des choix: faire le mort ou se cacher. ».

Multipliant les narrations, les points de vue et les générations, Melinda Moustakis dépeint une communauté, ses rêves, ses ambitions, ses difficultés et son quotidien pour survire en Alaska. La nature se dispute les lumières du devant de la scène aux femmes qui jouent un rôle prédominant dans ce coin sauvage du monde et qui tiennent à bout de bras les gamins turbulents et les maris imbibés. Hymne à cette nature loin d’être domestiquée mais aussi au courage et à l’abnégation de ces femmes qui émerveillent autant qu’elle rassurent, Alaska est un régal. Porté par un style travaillé à l’extrême et qui évite soigneusement tous les lieux communs de ce genre de récit pour en tirer une vision impressionniste, constellée de moments forts, banals ou insignifiants, sauf pour ceux qui les vivent, ou qui ont la chance de les lire.

« Quelqu’un arrive avec un hameçon dans le nez, dans la lèvre, le cou ou la main. Le docteur hoche la tête. L’hameçon est enfoncé profond et tire, la pointe acérée déchire le muscle, et le docteur le repousse pour l’extraire. Le patient soupire de soulagement lorsque l’hameçon ensanglanté tombe en tintant dans le plateau en métal. Le sang imprègne le coton et le docteur remplace la gaze. Parfois, il y a des points de suture. Aujourd’hui, juste un pansement. ».

couv rivire Melinda Moustakis
Alaska
Gallmeister, 2014

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