Le détective des sons / Luisa Etxenike

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« Je n’avais pas mesuré les conséquences ; j’avais pensé seulement à la musique, que les gens me parleraient des chansons ou des morceaux, ou de tel ou tel extrait de bande originale qui avaient compté dans leur vie. Je n’aurais plus qu’à les couper dans l’énorme gâteau de mes téléchargements, à les coller dans un fichier et à empocher un joli paquet. Tout ça vite fait et surtout facilement. Pas un seul instant je n’ai imaginé que j’allais rencontrer de telles difficultés. ».

Le détective des sons raconte l’histoire d’une approximation, d’un choix de mots trop évasif, d’un jeune homme qui passe la petite annonce suivante « Réalisez vos biographies sonores » et qui se retrouve confronté à un malentendu. En guise de biographies sonores, les deux clients qu’il parvient à attirer à lui par le biais de sa réclame ont des attentes très différentes. Entre un homme d’un certain âge qui veut confesser par le biais d’un blog certains des actes pour le moins tendancieux qu’il a commis et une dame âgée qui souhaite retrouver les sons qui ont marqué sa vie, le narrateur de ce court roman se retrouve face à de réelles difficultés. Mais s’il n’avait pas mesuré les conséquences qu’aurait son annonce, c’est que très vite, il se verra confronté à un nouveau client, pour le moins inattendu, lui.

« Et quand quelqu’un perd sa mère si jeune, il reste un vide de sons. Une absence de voix, de berceuses, de conseils. Les mères sont toujours dans l’oreille. ».

Ainsi, les différents travaux qu’il sera amené à effectuer pour ses mandataires trouveront un écho pour le moins singulier dans sa propre existence, marquée par le décès de sa mère alors qu’il n’était encore qu’un enfant et une certaine culpabilité qui l’accompagnait depuis lors. Lancé à la poursuite de souvenirs ou de confessions pour le compte de ses clients, il devra, pour mener à bien son entreprise affronter ses propres fantômes et renouer avec son père. En filigrane de cette quête pour le moins personnelle, se dessine les existences des deux personnes qui l’ont plongé dans cette affaire et auxquelles Luisa Etxenike apporte une touche de fantaisie en laissant libre court à sa créativité.

« Et c’est alors que j’ai entendu le rire, je me suis retournée et j’ai vu le couple qui était dans la barque ; et j’ai pensé que nous aurions pu être eux, la femme qui rit et l’homme qui la regarde avec une curiosité avide, qu’André et moi aurions pu être ce couple qui ramait mal, en direction de nulle part ou en route vers le bonheur, ce qui revient au même. Parce que c’est cela le bonheur, la plus absolue, la plus pure indifférence au lieu et au temps. ».

De ces quelques recherches de sons à une quête plus identitaire et salvatrice, Luisa Etxentike nous emmène dans un univers pour le moins bruyant, réveil en nous le désir d’apporter une plus grande attention au son qui nous entourent et qui façonnent inlassablement notre quotidien, nos souvenirs ou nos espoirs. Elle parvient à transposer de manière unique et parfaitement maitrisée cet univers auditif en écrit, monde du silence par excellence, et en tire un récit d’une grande sensibilité.

couvLuisa Etxenike
Le détective des sons
Naïve, 2014

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