White trash / John King

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« Brancard chargé, aussitôt emmené aux urgences. Il connait la routine. Inquiétude. Diagnostic. Traitement. Guérison. Il se force à sourire. Le personnel paramédical. Les infirmières. Les médecins. Les brancardiers. Les aides-soignants qui apportent les repas. Chacun agit comme si cela changeait quelque chose que ces patients vivent ou meurent. En réalité ça ne change rien. C’est de la vermine. White trash. Les nègres blancs qui infestent chaque nation civilisée. ».

Dans la banlieue londonienne, la vie n’est pas simple pour les masses populaires. Entre chômage, précarité, beuveries au pub ou consommation de drogues à outrance, les perspectives d’avenir sont réduites à leur plus simple expression. Au cœur de cette fragilité tangible se dresse l’hôpital de la Ville qui accueil cette population laissée à l’abandon par les autorité et dont les seules politiques publiques tangibles se résument à l’éducation, la répression et les soins. Mais les temps sont durs, même pour les services de soins, et les pressions financières se font ressentir sur le personnel soignant. C’est dans ce contexte que travail Ruby. Infirmière, elle s’efforce de faire bonne figure dans cette ville qu’elle a toujours connue, prend les événements du bon côté et cherche le positif en toute chose. Elle s’occupe de ses patients avec attention et prend le temps de les connaitre, gratte le vernis qui les recouvre leurs souffrances pour saisir ce qu’ils ont de bon en dessous, touche à l’intime avec sensibilité et respect et ne se laisse pas abattre malgré une existence qui ne l’a pas épargnée.

« Ruby sourit et attaque sa journée, elle se glisse facilement dans sa routine, se perd dans des tâches qu’elle accomplit comme un automate, ce qui la motive ce sont les gens, les patients autant que le personnel, elle défait un lit souillé, l’homme en question est dans la salle de télé, il doit avoir honte, c’est normal de réagir comme ça, mais Ruby ça lui est égal, elle a tout vu dans ce boulot, des tonnes de pisse, de sang, de merde, de mucus, de pus, ça fait partie de la vie et ce qui compte ce sont les gens, les rencontres, ce que les gens ont fait avant et ce qu’ils comptent faire à l’avenir. ».

A l’autre bout du spectre de l’hôpital, M. Jeffrey est lui administrateur. Il prend des décisions, tranche au milieu des difficultés que rencontre l’institution et estime rendre au service public un bout de sa dignité et de son efficacité. Homme de la haute société, il est instruit, sensible aux beaux-arts et à la culture, et occupe un poste qui lui confère du pouvoir. Peu habitué à la précarité à laquelle il est confronté dans cette banlieue, il s’imprègne de sa sociologie par le biais de reportages documentaires mais reste imperméable aux enjeux qui se cachent derrière ces existences. De ces deux visions d’une même situation nait une tension narrative unique et tendue comme les fins de mois des personnages.

« C’est un romantique M. Jeffreys, mais il a la tête sur les épaules et est tout a fait capable de comprendre ce que c’est qu’un coup dur. Pas d’après son expérience personnelle, bien entendu, mais grâce à son sens profond de l’empathie. Pour lui, cette sensibilité qui est la sienne est plus sincère. Personne ne s’attend à ce qu’un homme aisé se batte pour le bien-être des déshérités, et pourtant, c’est le chemin qu’il a choisi, le service public lui importe plus que la réussite matérielle. ».

John King n’épargne rien à ses personnages dans ce roman à couper le souffle. Il explore les vieilles rengaines et les lieux communs propres aux classes populaires pour ensuite les faire exploser et nous en livrer une vision plus complexe et plus proche du réel. White trash n’est pas une critique sociale, c’est une immense baffe lancée à la gueule de tout ceux qui jugent de situations par le seul biais des médias avec en toile de fond le spectre de l’idée d’une certaine suprématie que peuvent éprouver certaines personnes à l’encontre d’autres êtres humains. Et de cette conception, pour le moins cynique, de la vie découle une vision perfide et inquiétante du pouvoir et de son application. Porté par une écriture à la fois percutante, poétique et sensible, White trash est un coup de boule assené en pleine gueule de bois.

CouvJohn King
White Trash
Au Diable Vauvert, 2014

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