La Ballade du voleur au whisky / Julian Rubinstein

Image titre

« Attila Ambrus, qui avait fait de ses six années de braquages une satire à feuilletons de son époque, était de nouveau en cavale. ».

En guise de ballade, celle du voleur au whisky retrace l’existence d’Attila Ambrus, jeune homme fougueux et au caractère bien trempé, qui devint une figure criminelle de premier plan en Hongrie à la fin du vingtième siècle. Né en Transylvanie alors roumaine, Attila n’a qu’un seul rêve, devenir hongrois et retrouver ses origines. Ainsi, en 1988, il fuit la Roumanie de Ceausescu clandestinement « à bord » d’un train marchandise pour atterrir à Budapest. S’ouvre alors pour le jeune homme de nouvelles perspectives mais il déchante très vite. Il doit faire face à la lenteur administrative pour obtenir sa nouvelle nationalité et se retrouve confronté à la précarité et à la faim dès ses premiers jours passé dans la capitale hongroise. Il va alors enchainé les petits emplois peu rémunérateurs comme concierge, représentant de fournitures de bureau, fossoyeurs ou encore préparateur d’une équipe de hockey. Le hockey sera d’ailleurs sa principale activité en Hongrie et il finira, grâce à son obstination par devenir deuxième ou troisième gardien de but de l’équipe professionnelle de l’UTE, l’un des clubs de la capitale. Mais rapidement confronté à la précarité dans cette nouvelle existence, il entreprendra un trafic de peaux de bêtes. Cette activité de contrebandier ne durera que peu de temps mais sera une première incursion dans le monde des activités criminelles pour Attila.

« Le dilemme auquel il fut confronté mercredi n’était pas pour les nerveux ou les angoissés: il pouvait se faire potentiellement casser la gueule d’ici la fin de la semaine ou se retrouver bourré comme un coing d’ici une heure. Il fit un choix judicieux. ».

Rapidement couvert de dettes, Attila doit trouver une source de revenu plus importante que celles qui subviennent à ses besoins jusque là. La contrebande est fructueuse mais rapidement compromise par les difficultés pour un sans papier à gruger les gardes-frontières hongrois et roumains. Il se tourne alors vers une nouvelle activité qui deviendra sa spécialisation, le braquage. Mais, peu prédestiné à devenir un criminel de grande envergure, Attila se retrouve à descendre de nombreux de whisky pour juguler son stress. C’est donc ivre et passablement maladroit qu’Attila dévalise son premier bureau de poste en 1993. Débuts timides d’une carrière qui deviendra florissante au cours de ses six années d’activités criminelles, ce premier larcin lui permet de rembourser ses dettes et d’éviter une dérouillée en bonne et due forme. Son palmarès sera, au moment de son jugement de vingt-neuf braquages et de deux arrestations. Mais surtout, il deviendra une figure importante de la Hongrie post soviétique grâce à son histoire de vie et sa galanterie lors de ses braquages qui lui attireront la sympathie du peuple et des médias.

« En vertu de quelle loi le Voleur au whisky a-t-il été emprisonné alors qu’un autre braqueur de banques est assis parmi nous, ici même, au parlement? ».

Mais derrière la ballade d’Attila se dessine le destin d’un pays et de sa transition vers l’économie de marché qui ne va pas sans difficultés. Car si Attila a pu autant dévaliser d’établissements financiers c’est en grande partie grâce au criant manque de moyens de la police de Budapest et à la naïveté de ses victimes. Récit aussi bien historique que politique, sportif que sociologique, La Ballade du voleur au whisky est un sommet d’aventures dans un univers en pleine mutation. Entre les ambiances festives qui rappellent fortement l’univers d’Emir Kusturica, le climat corrompu d’une classe politique arriviste et les portraits des protagonistes tous plus marqué par la vie et les déboires, Julian Rubinstein livre un récit intense et délirant qui marque autant par l’extravagance de son propos que par son style déjanté et unique.

CouvJulian Rubinstein
La Ballade du voleur au whisky
Sonatine, 2014

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *