Crime / Irvine Welsh

 

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« Angela Hamil a demandé si peu. L’enlèvement de sa file, son viol, son meurtre, ça l’a détruite. Mais elle ne semblait pas éprouver de réelle colère. La vie l’avait vaincue depuis déjà bien longtemps. ».

Ray Lennox, lui, n’est pas déjà vaincu par la vie. La colère qu’il éprouve lorsqu’il repense aux horreurs subies par Britney Hamil est bien réelle. Il était l’inspecteur en charge de l’enquête, celui qui a coffré le détraqué qui a fait de ses derniers jours sur terre un cauchemar. Mais si l’enquête est terminée et qu’il ne reste à Lennox plus grand chose à accomplir de ce côté-là, il doit quand même se coltiner les atrocités et la culpabilité qui accompagnent ce genre d’affaire. Et Lennox n’est pas le mieux armé pour faire face à pareilles situation. Son passé d’accro à la coke et son immense fragilité émotionnelle l’entrainent irrémédiablement dans une profonde dépression et une rechute narcotique. Prochaine étape donc, les vacances obligatoires. Il part donc en compagnie de sa fiancée en Floride pour planifier leur futur mariage et s’y ressourcer au soleil. C’était sans compter sur le caractère de cochon de Lennox qui déclenchera une dispute dès le deuxième jour et l’entrainera de son côté à faire la fête en compagnie de deux jeunes femmes. Et cette rencontre va radicalement modifier la donne de ce séjour lorsque Lennox découvrira que la fille de l’une de ses deux acolytes est, elle aussi victime d’abus sexuels. Ray ne peut dès lors rester en dehors de tout ça et entame une course contre la montre haletante pour protéger la jeune Tianna.

« Même dans la plus silencieuse et profonde dépressions, sa présence seule instille hasard et chaos, tel un orage chargé d’électricité, sans le bruit du tonner. ».

Road movie, roman social et course haletante, Crime renvoie à différents classiques de la littérature, sorte de Lolita inversé qui puise sa force dans la complexité des personnages et l’art d l’intrigue de Welsh. Le cas de Lennox est sans doute le plus significatif. Ecorché vif, à fleur de peau et constamment au bord de la rupture, le flic écossais sait aussi être d’une loyauté sans faille vis-à-vis des victimes, surtout s’il s’agit d’enfant. Il s’interrogera à plusieurs reprises sur sa haine sans limite des pédophiles, son rôle dans leur existence et inversement. Mais plus que tout il cherchera aussi à se comprendre et à se sauver lui-même. Il trouvera une partie de réponses qu’il cherche dans sa relation balbutiante avec Tianna, la jeune fille qu’il cherche à protéger, et en chassant ses propres fantômes.

« Mais il faut protéger les enfants. Arrêter les criminels sexuels. C’est pour cette raison qu’il est flic, c’est là la certitude univoque et infaillible qui guide cette croisade. Les pédos justifient le boulot de policier, le rendent viable. Avec les pédos, il ne s’agit plu s de faire respecter des lois désuètes et ruineuses, il ne s’agit plus de protéger ce appartient aux riches. C’est véritablement la lutte du bien et du mal dans sa plus pure simplicité, rien à voir avec le fait d’essayer d’endiguer les conséquences de la pauvreté, de l’ennui, de la stupidité et de la culpabilité. ».

Au final Crime pose la question suivante : le chemin de la rédemption est possible lorsque l’on a rien fait de mal, lorsque son seul tort fût de manquer de tout, d’indices, de chance et de temps ?

couvIrvine Welsh
Crime
Au Diable Vauvert, 2014

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