Screen / Barry N. Malzberg

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« Tout est possible des les ténèbres annonciateurs d’une salle de cinéma […] la permanence du rêve en cet instant où tout se verrouille au fond de soi. ».

Martin Miller connait à merveille le domaine des possibles dans une salle de cinéma. Il est même le plus fidèle représentant des explorateurs des potentialités du septième art. Et pour cause, lorsqu’il s’abandonne au visionnage d’une pellicule, il est irrémédiablement aspiré de l’autre côté de l’écran et se retrouve aux côtés des plus belles actrices pour y jouer des scènes de passion intenses à l’érotisme trouble. Martin Miller prend alors les traits des amants célèbres de ces sommets de volupté et se livre aux ébats les plus farouches. A son tableau de chasse, Elizabeth Taylor, Sophia Loren ou encore Brigitte Bardot. Mais le revers de ces expériences hallucinatoires se retrouve dans la vie morne et solitaire de Martin. Employé aux services sociaux de New York, il peine à s’épanouir en dehors des salles obscures et ses relations amoureuses demeurent bien moins satisfaisantes que ses relations intimes avec les plus grandes stars de l’écran.

« J’ouvre la bouche pour lui expliquer qu’elle a tort, tort ; que seul les comptent les machinations et leur interception, que seules les interruptions ont un sens, car elles ont un ton et une mesure qui compensent cet autre univers, plus obscure, mais je suis incapable de parler. ».

Cri d’amour au cinéma en particulier mais également à toutes les formes de fictions, Screen est un livre oublié depuis longtemps que les éditions de l’Olivier ont eu la bonne idée de rééditer dans leur nouvelle collection Replay. Récit d’un amour unique pour un art et de tous les frissons qu’il peut procurer, le roman de Malzberg et un petit chef d’œuvre d’écriture bien pensée et d’un érotisme fort dont les tournures sont des plus innovantes. La dualité entre les personnages féminins de l’ouvrage révèle également une clairvoyance et un amour des femmes fort qui offre au récit une ligne de conduite aussi tendue que les relations qu’entretien Martin avec ces conquêtes. Sous les faux-semblants et les inévitables cheminements aux abords de la folie, la langue de Malzberg fait des merveilles et renvoie à Alice quand elle passe de l’autre côté du miroir.

screenBarry N. Malzberg
Screen
L’Olivier, 2014

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