Polarama / David Gordon

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Harry Bloch est écrivain. Pas un écrivain célèbre qui vend des livres à la pelle. Non. Juste un homme qui tente de survivre dans le monde de la littérature en se consacrant à la rédaction de romans de toutes sortes. Du cul, des vampires, de voyages interstellaires érotico-initiatiques constituent son fonds de commerce. Du temps de ses premières amours, il tenait une chronique, « L’homme qui murmurait à l’oreille des salopes » dans le magazine au titre évocateur de « Chaud Lapin ». Cette première approche du métier d’écrivain le conduira à rencontrer quelques années plus tard le plus célèbre tueur en série de New York, Darian Clay, qui voit la chaise électrique se rapprocher dangereusement. Clay propose alors un marché à Bloch: en échange de nouvelles qui doivent mettre en scène ses fans les plus tordues, il lui confiera la vérité sur les différents meurtres qu’il a commis. D’abord réticent, Bloch se laisse petit à petit happer par ses rêves de reconnaissance et accepte finalement de se livrer à ce jeu tordu. Il part à la rencontre des admiratrices du meurtrier. Les débuts sont prometteurs mais tout bascule lorsque les filles qu’il a interviewées avant de se mettre à son travail de rédaction sont retrouvées assassinées d’une manière qui n’est pas sans rappeler les méthodes curieuses de Darian Clay.

« J’ai tendance à progresser dans la vie d’un pas trébuchant, comme perdu dans une forêt vierge avec une carte périmée que je n’arrive pas à plier. »

Résoudre une enquête de cette envergure lorsque l’on n’y connaît rien en mtière d’investigation n’est pas une sinécure. Lorsqu’en plus son assistante est une lycéenne de 16 ans et que la sœur d’une des victimes s’en mêle, cela rend la tâche encore plus ardue. Bloch s’en tirera quand même, grâce à la chance et son immense obstination, la même qui lui a permis de continuer à écrire sans rencontrer le succès espéré.

Polarama est une enquête rondement menée par un antihéro hilarant. Mais s’il ne s’agissait que de cela, ce livre serait vite ranger dans la catégorie des bons policiers. Toutefois, Gordon nous livre en parallèle une étincelante refléxion sur la littérature et une défense des romans de genre brillante et passionnante.

« De par les tropes et les figures auxquels elle a recours, la fiction de genre est proche du mythe, ou du moins de ce qu’étaient la mythologie et les classiques. Tout comme l’on pouvait, il y a de cela un siècle ou deux, en faisant référence à Ulysse ou à Jason, faire vibrer la même corde d’entendement chez de nombreux lecteurs, on obtient désormais le même résultat avec une silhouette solitaire chevauchant dans le désert, ou un étranger en imperméable à chapeau qui marche d’un pas de loup dans un couloir un pistolet à la main, ou encore une chauve-souris tournoyant au-dessus d’une ville à la nuit tombée. Réduits à l’essentiel, les ressorts du genre se déploient comme des rêves, comme les rêves que nous avons en commun, que nous échangeons, et qui, aussi bizarres et irréels soient-ils, nous orientent vers la vérité ».

CouvertureDavid Gordon
Polarama
Actes Sud, 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

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