Black Neon / Tony O’Neill

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« Il fut un temps où Jacques souhaitait ardemment créer quelque chose d’authentique, motivation naïve qui n’a pas survécu à dix ans de drogues, d’échecs sentimentaux et de calomnies médiatiques. ».

Jacques, c’est Jacques Seltzer, un photographe undergournd qui a réalisé un film intitulé Fleurs Fanées. Son œuvre cinématographique ne se résume qu’à cette seule réalisation mais le succès qu’elle a rencontré attise l’envie du tout Hollywood de le voir reprendre du service derrière la caméra. Et ce, d’autant plus que depuis près de dix ans, il laisse entendre qu’il pourrait revenir au septième art pour un nouveau film intitulé Black Néon.

Jacques débarque donc à Los Angeles après s’être laissé convaincre par son agent pour y tourner Black Néon. Seul problème, son unique idée se résume à filmer les déglingués du rêve américain afin de lui aussi pouvoir se laisser aller à sa passion pour les drogues en tout genre et le sexe le plus éhonté.

« Il y a deux sortes d’individus qui l’interpellent, ceux qui croulent sous le fric et ceux qui n’ont plus un sou. Les premiers ne respectent rien, car leur richesse les amène à croire, à juste titre la plupart du temps qu’ils sont au-dessus des lois. On les a élevés dans l’idée qu’ils n’ont rien à voir avec le commun des mortels. […]
Il s’intéresse parallèlement aux indigents, parce qu’eux aussi s’affranchissent des normes, même si c’est pour d’autres raisons : ils n’attendent rien de la société, se savent incapables de s’élever dans l’échelle sociale et n’ont aucune réputation à défendre. ».

Guidé par Randall, un ancien toxico, dans sa quête de la face sombre d’Hollywood, Jacques rencontrera Jeffrey et Rachel, un couple de junkies qui peinent à subvenir à leurs besoins essentiellement constitués de dope et qui survivent entre les petites arnaques de Jeffrey et les passes auxquelles se livre Rachel. Mais tandis que Black Néon s’emble enfin prendre forme, Jacques se retrouve aspiré par le tumulte et le désordre qui règne dans les bas-fonds de la Cité des Anges pour finalement atterrir entre les mains de Genesis, une ancienne pute qui s’est enfuie de Reno et de Lupita, sa nouvelle copine manchote et superstitieuse que rien n’effraie. Les deux complices, dont on suit la cavalcade en parallèle seront sans foi ni loi avec Jacques et ne lui permettront pas de terminer, non pas son chef d’œuvre comme espérer mais bien un navet dans la plus belle acceptation du terme.

Roman des marges et de la face sombre des Etats-Unis, Black Néon est un souffle violent qui saisit le lecteur à la gorge pour ne plus le lâcher. L’écriture de Tony O’Neil est aussi affutée que l’aiguille qui cherche la veine et son effet sur l’organisme pas bien loin d’un bon fixe de meth. La figure de Jacques, qui a réussi à maintes reprises à sublimer les caniveaux du monde par son art révèle également l’importance de la distance qu’il doit y avoir entre l’artiste et son sujet. Le livre se conclut sur un article à charge conte Black Néon par un journaliste qui remet en perspective le bien fondé de l’exhibitionnisme et du voyeurisme dans nos sociétés du spectacle et qui replace l’art dans sa fonction première, l’expression et non pas la démonstration. Ces écueils sont magnifiquement éviter par O’Neil qui nous laisse au final une épopée sombre et délicieuse.

CouvTony O’Neill
Black Neon
13e Notes, 2014

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