Le Grand Partout / William T. Vollmann

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« Je suis mon propre chemin erratique, seul ou accompagné, taraudé par les défaillances de mon courage, de mon énergie et de ma charité, sans savoir exactement où je vais avant d’y être parvenu. ».

Une gare de triage, un train marchandise et une immense soif de liberté. William T. Vollmann nous livre dans Le Grand Partout le récit de ses voyages illégaux à bord des rames des compagnies de l’ouest américain. Un livre qui de l’aveu de son auteur à « peu de choses à dire » mais tellement à nous apprendre. Car c’est bien à la rencontre d’un monde riche et enivrant qu’il nous entraine. Entre les wagons crasseux et dangereux, les employés toujours prompts à cogner et les rencontres plus sauvages les unes que les autres, Vollmann nous conte une errance multi facettes fascinante.

Une errance ferroviaire d’abord. Ici, pas de quais, pas d’horaires ni de service voyageur. Juste des kilomètres de triages, des chapelets de wagons immobile et le risque toujours présent de se tuer lors des opérations d’effraction. Si les rails conduisent les trains à travers le pays et les prédisposent à un itinéraire précis, les voyages clandestins de Vollmann ne peuvent en aucun cas témoigner de cette prévisibilité. Ils sont aussi aléatoires que la vie.

« Pour le dire autrement, lorsque vous misez sur un train de marchandises, ça ressemble beaucoup à la vie: vous ne connaissez pas la suite. […] Vous avez très envie d’aller, par exemple, en Californie, et on peut raisonnablement dire que vous y parviendrez; mais votre idée du raisonnable n’est pas forcément celle du train. »

Une errance personnelle ensuite. Vollmann s’interroge régulièrement sur les raisons qui lui font préférer cette forme de voyage au confort des transports voyageurs climatisés et prévisibles. Le goût du risque et de l’inconnu, la quête d’un absolu introuvable, insaisissable mais qui vous tombe dessus sans prévenir et enchante votre voyage seront aux nombres des quelques réponses qu’il trouvera. De nombres réponses resteront malgré tout perdues le long des voies de chemin de fer, en rade dans l’esprit de l’auteur.

Une errance littéraire également, qui conduira Vollmann sur les traces de Twain, London, Kerouac, Hemingway ou encore Thoreau et de ressusciter une tradition littéraire du voyage aléatoire et initiatique qui fit les grandes heures des lettres américaines. L’amour que porte ces auteurs aux grands espaces, à une quête de liberté sans limite et qui leur permet de se sentir vivre. La capacité de Vollmann à s’immiscer dans les pas de ces monstres de papiers qui ont bercé ses jeunes années restent unique et offre au récit une profondeur et une densité bien réelle.

Une errance relationnelle enfin. Entre les rencontres impromptues des camps de hobos et l’amitiés indéfectible qui lie Vollmann à Steve, compagnon des premières heures, les voyages clandestins sont prétextes à de multiples rencontres pas toujours bienveillantes mais toujours riches. Les nombreux portraits de gueules cassées qui cherchent soit la liberté soit la fuite touchent plus que les descriptions de grands paysages et renvoient à la certitude que ces personnes des marges ont elles aussi une place primordiale dans la société qui nous entoure.

CouvWilliam T. Vollmann
Le Grand Partout
Actes Sud, 2013

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