Metamune comix n°111 à 116 / Jean-Christophe Menu

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Jean-Christophe Menu est un artiste polycéphale. Depuis ces premières publications, il oscille entre les genres et les médiums pour exprimer les résultats de ses recherches qui restent, toujours centrées sur la band dessinée. Editeur, critique, commentateur, défricheur ou encore animateur sont les différentes casquettes qui occupent chacune des têtes du monsieur. Si les activités de Menu sont plurielles, ses créations le sont tout autant. Ce Metamune comix en est la preuve.

Mais avant de plonger dans les entrailles du monstre, il faut revenir un peu en arrière, en 1993 précisément. Cette année là, le premier numéro de Mune comix est publié chez Cornelius. Menu est alors un jeune auteur qui publie un trimestriel. Ce livre se présente comme un magazine ou plus précisément comme un fanzine en plus travaillé. On retrouve là les suites de l’expérience fondatrice du Lynx qui lança l’aventure éditoriale de Menu. La volonté avouée de faire du Lynx le plus beau fanzine du monde se retrouve dans l’expérience Mune. Le format fait explicitement référence au fanzine, la mention trimestrielle également mais le tout est édité chez Cornelius qui est un éditeur et qui rompt donc avec le principe d’autoédition propre au genre. L’aventure durera cinq numéros et se terminera en septembre 1994. De cette première mouture, quelques planches seront publiées à nouveau dans Gnognottes en 1999 et un Mini-mune comix en 2003 et flanqué du n°50. L’aventure éditoriale des Mune Comix dure donc depuis plus de vingt et ressurgit de manière aléatoire dans l’œuvre de Menu. Et donc, début 2014, le recueil Metamune comix débarque sur les étals des libraires.

Menu s’était fait rare comme auteur cette dernière décennie, consacrant son temps à la création de l’Apocalypse, sa maison d’édition et à sa thèse, La bande dessinée et son double. La parution de Metamune comix est donc un petit événement. Ce recueil des Mune comix 111 à 116 reprend donc les codes des différents opus précédemment paru. On y retrouve tout l’univers de Menu, des moines du Mont Vérité à l’autobiographie, des récits musicaux des Lock grooves aux expérimentations de l’OuBaPo. Menu fait vivre l’entier de ces occurrences avec maestria et l’on ressent à la lecture de ces pages l’étrange impression d’hanter ses autres livres ou de revenir dans un endroit que nous avions longtemps déserté. La polarisation extrême des créations de Menu retrouve également tout son sens entre le trash violent de Meder et les aspects plus structurés des épisodes autobiographiques qui ne sont pas sans rappeler Livret de Phamille. Menu avait expliqué ce besoin d’agir dans plusieurs sphères dans son Mémoire de maitrise de 1988. Il a depuis ajouté d’autres facettes à son œuvre avec des expérimentations formelles ou poétiques. Si au final, le risque de se retrouver avec une liste sans fin et sans liens de pratiques demeure, l’ensemble présente une cohérence surprenante certaine.

Au final, Menu convoque l’entier des pans qui font de lui un auteur unique et indispensable. Ce pseudo recueil d’un comix qui n’aurait jamais cessé de paraitre fonctionne à merveille et crée au passage un effet de «lock groove» transposé au médium bade dessinée, une boucle sans fin des strates qui compose l’œuvre «menuesque». Et à la lecture de ses pages, l’on se surprend à se dire que l’on est de retour à la maison.

couvJean-Christophe Menu
Metamune comix n°111 à 116
L’Apocalypse, 2014

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