Baltimore / David Simon

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« Voilà en quoi consiste le boulot :
Vous êtes assis derrière un bureau en métal fourni par le gouvernement au cinquième étage d’un piège d’acier miroitant mal ventilé, dans l’atmosphère duquel il se promène suffisamment d’amiante pour rembourrer la combi du diable en personne. […] Vous répondez au téléphone à la deuxième ou troisième sonnerie car Baltimore a abandonné son équipement AT&T pour faire des économies, et le nouveau système émet des bêlements métalliques plutôt qu’il ne sonne. Si un aiguilleur de la police est à l’autre bout du fil, vous notez une adresse, l’heure, et le numéro de l’unité de l’aiguilleur sur un bout de papier brouillon ou au dos d’un vieux récépissé de prêteur sur gage de 7 centimètres sur 12. ».

Ensuite ? Ensuite, David Simon nous entraine en neuf cents pages dans les méandres de la brigade criminelle de la ville de Baltimore. Durant une année, il va suivre les inspecteurs dans leurs enquêtes et nous restituer pas à pas les victoires et les défaites de ces hommes et femmes qui luttent contre la criminalité. Une immersion dans la grande machine judiciaire d’une ville qui, au tournant du XXe siècle, est sclérosée par la violence et la criminalité. Les causes sont multiples : tensions raciales, trafic de drogue, bêtise innommable ou cruauté gratuite mais le résultat est le même et les cadavres s’entassent et les enquêteurs rament. Car ici, il n’y a pas d’indices parfaitement intacts ou de témoins qui craquent en moins de cinq minutes lors d’un interrogatoire comme à la télé. Non, il n’y a que des flics qui connaissent plus ou moins bien leur métier et qui le font avec leurs convictions et les maigres moyens qu’on leurs accorde. Il en résulte un livre drôle, haletant ou parfois révoltant mais qui ne laisse jamais indifférent. Car suivre une enquête racontée par David Simon, c’est rentré dans un monde indicible par d’autres. Le meilleur exemple demeure l’affaire Laytona Kim Wallace qui servira de fil conducteur à cet ouvrage.

« C’est l’illusion de larmes et rien d’autre, l’eau de pluie qui s’amasse en petites perles et coule dans les creux de son visage. Les yeux marron foncé sont grands ouverts, ils fixent le trottoir mouillé ; des tresses noires d’encre encadrent la peau d’un brun profond, les pommettes hautes et un petit nez coquin, retroussé. Les lèvres sont entrouvertes, dans une moue presque imperceptible. Elle est belle, même maintenant. ».

Laytona est retrouvée morte peu après le début de l’expérience de Simon. Elle avait 11 ans. Et derrière la magnifique description que l’auteur fait de son cadavre, les souffrances n’en sont pas moins réelles. Pour les flics en charge de cette enquête, le casse-tête ne fait que commencer. Il durera l’entier du temps que David Simon passera en leur compagnie, les menant dans leurs derniers retranchements ou, pour d’autres,  aux portes de la folie.

Au fil de cette lecture, se dessine un paysage urbain hargneux et sans pitié qui préfigure déjà les scènes les plus mémorable de The Wire, la mythique série créée par Simon sur les bases de cette expérience et de son livre précédent, The Corner. Et si vous n’avez connu Simmons que par le biais de la lucarne télévisuelle, pas de soucis, Baltimore n’est en rien la série, c’est un préambule remarquable et intelligent à une œuvre qui l’est tout autant.

CouvDavid Simon
Baltimore
Sonatine, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

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