L’Oiseau du Bon Dieu / James McBride

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« Cette histoire, elle a mis les choses en place pour la guerre qui allait venir, voilà ce que ça a fait, parce que rien a jamais plus fichu la frousse aux gens du Sud que l’idée que des nègres puissent se balader avec des armes et vouloir être libre. ».

Cette histoire est celle d’Henry Shackleford et de l’abolitionniste John Brown ainsi que de leur lutte contre l’esclavage qui connaitra son apogée lors de leur attaque sur l’arsenal fédéral de la ville de Harper Ferry. Henry a passé son enfance comme esclave auprès son père dans un saloon, occupé à ciré les bottes des clients tandis que le paternel leur coupait la barbe tout en citant de longs passages de la Bible. Mais un jour, un vieux déboule dans le saloon et tout se gâte. Le vieux n’est autre que John Brown, le célèbre abolitionniste qui, par un concours de circonstance improbable, se retrouve a libéré Henry du joug de son oppresseur et a l’embarquer avec lui dans sa lutte contre l’esclavage et le confond avec une jeune fille. Affublé de robes et de bonnets, Henry, devenu Henrietta va alors découvrir les rudes conditions de vie dans les prairies du Kansas et du Missouri et le degré de folie et de droiture dont John Brown est capable.

« J’étais à nouveau esclave, c’est vrai mais l’esclavage, c’est pas gênant quand vous avez eu votre mot à dire et une fois que vous y êtes habitué. Vous mangez à l’oeil. Vous aveu un toit sur la tête gratuitement. C’est quelqu’un d’autre qui se casse la tête pour vous. C’était plus facile qu’être sur la piste, à éviter les bandes armées, à partager un écureuil rôti avec cinq autres types pendant que le Vieux s’adressait à Dieu et déblatérait sur ce truc rôti pendant une heure avant que vous puissiez toucher à la bestiole, et, même à ce moment-là, il y avait pas assez de viande dessus pour boucher une petite partie du trou que vous aviez dans le ventre. ».

Porté par les événements et les circonstances qui ne lui seront pas toujours favorables, Henry va alors traverser comme une imposture certaines des pages les plus marquantes de l’histoire du XIXe siècle américain qui déclencheront la guerre de Sécession. Mais loin de s’intéressé aux positions ou décision politique des puissants de ce pays, James McBride s’attache à plonger son histoire dans la boue et le poussière propre aux sang grade, à ceux que les livres ne retiennent pas mais qui auront un rôle tout aussi décisifs pour les événements à venir. Cette page marquante de l’histoire américaine, racontée par la lorgnette d’un esclave travesti est un tour de force magistral et envoûtant.

« L’oiseau du Bon Dieu ne se déplace pas en bande. Il vole seul. Tu sais pourquoi? Il cherche. Il essaie de trouver le bon arbre. Et quand il voit cet arbre, cet arbre mort qui prend toute la nourriture et les bonnes choses qu’il y a dans l’humus de la forêt, il se pose dessus et se met à le grignoter, et il le grignote jusqu’à ce que l’arbre soit épuisé et s’abatte sur le sol. Et la poussière qu’il produit fait pousser les autres arbres. Ca leur apporte une bonne nourriture. Ca les rend forts. Ainsi il leur donne la vie. Et le cycle continue. ».

Ecrit avec une maestria et un humour féroce, L’Oiseau du Bon Dieu est une fable aussi bien qu’une épopée historique. C’est surtout un texte à l’envergure et aux ambitions folles qui propulse le lecteur au coeur de paysages et d’événements qu’il n’aurait jamais imaginé. C’est un roman porté par le souffle et le talent de son auteur qui nous emporte dans une langue unique et rythmée. C’est enfin un hommage à John Brown, héros américain très peu connu et rayé des livres d’histoire alors que son action a eu des répercutions inimaginables sur le pays.

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