Crash-test / Claro

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« Il a l’impression de commander aux accidents, de régler les dépassements, de susciter les dérapages et de diriger les tonneaux – le monde à ses pieds ne s’exprimant plus que dans la percussion des éléments qui le trahissent, des éléments qui perdent en ténacité ce qu’ils gagnent en incandescence. ».

Il travaille à recréer les accidents automobiles, démiurge aux fins sécuritaires qui analyse les chocs, les angles que forment les membres après impacts et qui transmets les résultats aux ingénieurs censés répondre aux problèmes. Il utilise des cadavres subtilisés dans les morgues pour lui servir de cobaye, les manipule avec soin avant de les envoyer vers une nouvelle mort, simulée cette fois-ci. Elle se dévêtit chaque soir sous le regard lubrique de son assistance et rêve de leur faire la morale sur la condition de la femme objet qui peuple leurs fantasmes et sur leur propre propension à faire vivre cette industrie symbolisée par Linda Lovelace et la domination masculine. Le troisième passe son temps dans un placard à dévorer les bandes dessinées porno qui soumettent leurs héroïnes aux plus fantastiques prouesses de leurs assaillants et il se rêve en l’un d’eux. Tandis que ses parents se laissent ronger par l’alcool, pas bien loin, il s’évade dans ce monde de papier jusqu’à plus soif. Ces trois destinées sont toutes marquées par l’accident, prélude à la folie que les personnes qui les dirigent tente de retarder le plus possible. Comment répondre à cette domination et s’émanciper de cette oppression? Chacun son chemin pour le moins accidenté.

« le fait – de savoir qu’ils croient depuis des lustres savoir mieux qu’elle et ses soeurs et leurs mères ce qu’il faut faire, ce qu’elles doivent faire et ne pas faire, comme si leurs queues s’étaient réveillées un beau matin diplômées, alors que ces queues sont tout juste capables de rivaliser d’audace (au mieux!) avec les canons des fusils, les pots d’échappement, les tuyaux d’arrosage et les lunettes des astronomes qui permettent de voir ce qui n’existe plus, ».

Les liens entre ses trois personnages ne sont pas limpides, peut-être même inexistants mais ces récits dressent le portrait d’un époque pour le moins en changement et qui ne se soucie guère de l’humain qui se trouve derrière le progrès qu’elle incarne. Plongée sociale autant que poétique au coeur des années septante, Crash-test interroge aussi bien les rapports de domination que les portes de sorties possibles sans sombrer dans la fable morale ou la gaudriole.

« Le monde envahit votre viande, débusque les os, les libère. Sud Radio vous annonce un remaniement, ça tombe bien. Vous êtes remanié. Adieu le repos et adieu la lecture du journal au café, la serveuse aux talons qui cliquent ne viendra plus, le café dans la tasse jamais ne tiédira, il n’y aura pas de jour de marché, pas de baiser sous les lampions, vous avez choisi la route, or la mort fait de l’auto-stop, et son pouce est un pieu sur lequel s’empaler. ».

C’est un texte qui colle une immense baffe dans la tronche du lecteur, qui le scotch à ses pages et qui le collisionne dans ses masses cérébrales. L’écriture, forcément accidentée et finement ciselée de Claro agit à merveille et ne laisse que peu de répit tant elle déconstruit un univers subversif pour le recréer à nouveau sous une forme onirique ou singulière mais toujours touchante.

Notice Crash-test-01

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