Le paradis des animaux / David James Poissant

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« La pluie qui rentrait par la vitre ouverte lui mouillait l’épaule. Il était tôt teille faisait encore nuit. Dan remonta sa vitre puis courut jusqu’au toilettes sous l’averse. A l’abri sous l’avancée du toit, il regarda la pluie tomber. Il redoutait la journée qui l’attendait, la route monotone, les petites stations-service, les visages sans expression des hommes et des femmes à la caisse. Et il avait peur. Il craignait que ses pneus, pratiquement lisses, n’éclatent. Il craignait que les essuie-glaces qui broutaient et claquaient même sous la bruine ne le lâchent et de ne plus pouvoir rien voir sous les trombes d’eau. Et surtout, sa plus grande peur, c’étaient d’arriver trop tard au chevet de Jack. ».

Dan n’est pas un bon père. Il a eu des problèmes avec l’alcool, n’a pas su comment réagir lorsqu’il a, des années plus tôt, découvert que son fils était gay. Impulsif et rond comme une queue de pelle, il l’a fait traversé la baie vitrée de leurs salons, l’expédiant aux urgence et se condamnant à la prison. Dès lors, sa vie est faite de regrets et de l’espoir de pouvoir se racheter. Alors quand Jack, son fils, l’appelle des années plus tard pour lui annoncer qu’il est mourant, Dan n’hésite pas longtemps et prend sa vieille voiture pour quitter la Floride et rejoindre la Californie afin d’accompagner sa progéniture dans ce dernier voyage. Ce périple à travers les Etats-Unis, ils l’avaient déjà effectué ensemble, alors que Jack quittait l’université pour s’établir sur la côte ouest et prendre ses nouvelles fonctions. Ce road trip devient alors l’anamnèse d’une relation ratée, faite de beaucoup de rancoeur, de non-dits et de maigres moments de complicité. Alors qu’il avale les kilomètres d’asphalte tambour battant et que les obstacles se dresse sur sa route, Dan s’aventure dans les tréfonds de sa conscience, un voyage intérieur dont il ne ressortira pas indemne.

« L’autoroute se déroulait sous les étoiles. Blancs comme des ossements, les traits discontinus défilaient à la lueur des phares avec une régularité de métronome. Le sommeil l’appelait, mais quelque chose de plus fort que le sommeil, de plus fort que la peur ou les regrets, de plus fort que la mort, l’empêchait d’y céder. Le fil invisible qui courait au-dessus des montagnes, des fleuves et des routes traversa le pare-brise, se noua à sa gorge, relié à l’autre extrémité au coeur de son fils. Un mot, le mot qui désignait ce lien, il n’était pas à Dan, il ne lui appartenait pas. ».

Dans toutes les nouvelles de ce recueil, les personnages se retrouvent aux prises avec des situations qu’ils ne matiraient pas mais qu’ils ont largement contribué à créer. Qu’il s’agisse de cet homme qui roule accidentellement sur le chien de sa femme alors qu’elle le trompe et se persuade d’être confrontée à une forme de vengeance, que se soit l’histoire de ces cousins qui vivent passionnément une histoire extra-conjugale ensemble sans pouvoir être heureux ou encore de ce couple qui tente tant bien que mal de survivre au décès de leur fille disparue dans son sommeil avant son premier anniversaire, toutes les existences narrées sont fracassées par la douleur ou des choix pour le moins douteux. Les impossibilités des héros à vivre selon les standards de la société et leurs choix posés avec le coeur mais rarement avec sagesse.

« Il existe en mathématique un schéma nommé diagramme de Venn. Il se compose de deux courbes fermées simples qui s’interpénètrent dans une zone appelée réunion. L’an dernier, Lisa et moi avons évolué en cercle, l’un et l’autre programmant notre trajet autour de ce qui est arrivé, chacun de nous tournant irrémédiablement en rond. Et c’est seulement maintenant que nous nous rencontrons au milieu, dans cette zone de réunion et de calme. ».

D’une écriture fluide et envoutante, David James Poissant nous transporte dans ses récits à la manière des grands conteurs, par des chemins de traverses ou par la bande mais sans jamais perdre de vue son propos. Ses narrations aussi bien que son style sont des appels à se plonger dans ces existences banales confrontées à des contingences extraordinaires.

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