Vernon Subutex #2 / Virginie Despentes

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« Il avait erré sous la pluie et s’était retrouvé là, il avait été malade comme un chien, et heureux comme un pauvre fou. Mais il avait beau l’attendre, il ne sentait toujours pas la morsure dégueulasse de l’angoisse. Peut-être l’aurait-elle incité à réagir. Il n’y avait que son corps douloureux, et sa propre odeur, qui à vrai dire lui tenait agréablement compagnie. Les émotions communes l’avaient déserté. ».

Après sa longue rétrogradation sociale narrée dans le premier opus de la série, Vernon Subutex se retrouve à la rue et tente tant bien que mal de s’adapter à sa nouvelle condition et les codes qui lui sont inhérents. Mais tandis qu’il fait l’expérience parfois douloureuse, souvent gratifiante du lacé prise sur son existence, les amis ou connaissances qui l’avaient hébergé, accompagné ou lâché lors de sa chute tentent de le retrouver avec comme faux prétexte de mettre la main sur des enregistrements et vraies motivations de soulager leurs âmes pour l’avoir abandonner quand il avait besoin d’eux. L’entreprise fait mouche mais Vernon refuse de quitter la rue et de les laisser l’aider. Ainsi se forme autour de lui une clique hétéroclite qui squatte le parc des Buttes-Chaumont et refait le monde de mille et une façons.

«  Les gars se sont tellement fait nettoyer la tête, depuis dix ans, que le seul truc qui les obsède, c’est pouvoir dégueuler haine du bouboule. On leur a confisqué toute la dignité que des siècles de lutte leur avait conférée, il n’y a pas un moment dans la journée où ils ne se sentent pas traités comme des poulets qu’on plume, et la seule putain de combine qu’on leur a vendue pour se sentir moins nuls, c’est de brailler qu’ils sont blancs et qu’à ce titre ils devraient avoir le droit de mater du basané. ».

Ce deuxième volume de la trilogie Vernon Subutex reprend le système narratif qui avait fait de la première partie une sacrée claque et continue de glisser d’un personnage à l’autre avec autant de bonheur et de brio. On suit les aventures et pérégrination de cette clique improbable et se dessine de manière stroboscopique un regard avisé qui vadrouillant avec plaisir entre ceux qui composent les différentes couches de la société et les contradictions qui les rongent au quotidien. Virginie Despentes poursuit son travail d’analyse et de critique au bazooka d’un pays en manque de repères, d’ouverture et de convictions pour notre plus grand plaisir.

« Elle aime Paris, de toute façon, de la porte de la Chapelle à Montparnasse. Elle en aime les couches successives, contradictoires, les intersections et les changements brusques. Parfois, deux rues suffisent pour basculer d’un quartier é l’autres, d’autres fois il faut traverser de courtes zones sans identités. ».

Toujours guidé par cette plume qui fait de Despentes une voix si singulière dans le paysage littéraire français, Vernon Subutex #2 envoûte même si parfois il passe, lui aussi, de courtes zones sans identités. Mais ce n’est que pour mieux rebondir et enchanter à nouveau.

CouvVirginie Despentes
Vernon Subutex #2
Grasset, 2015

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